On a pris la parole: Cinéma, sexisme et blogosphère

Il y a eu quelques exceptions mais pour la plupart, j’ai été surprise par la représentation des personnages féminins dans ces films. J’espère qu’en incluant plus de femmes dans l’écriture, nous aurons plus de femmes comme celles que je rencontre dans ma vie quotidienne. Des femmes qui sont entreprenantes, qui ont du pouvoir, qui ne font pas que réagir aux hommes qui les entourent, qui ont leur propre point de vue

Jessica Chastain, Festival de Cannes 2017.

Alors que de plus en plus d’œuvres cinématographiques et, principalement, télévisuelles naissent entre les mains des femmes, un constat terrible et alarmant était rapidement fait par l’actrice américaine Jessica Chastain lors de la dernière conférence de presse du Festival de Cannes 2017. Si l’actrice de Zero Dark Thirty, juré lors de cette dernière édition, avait longuement insisté sur la représentation des personnages féminins à l’écran, il n’en est pas moins qu’elle a su soulever un problème bien plus grand, bien plus étendu et qui peine à être résolu : la place des femmes dans le domaine cinématographique.

Si ça implique la maigre représentation des personnages féminins à l’écran, ça implique également toutes les coulisses du cinéma : l’écriture scénaristique, la production… et par extension, la critique journalistique. Tous les domaines du cinéma semble être profondément masculins. Ici, il va être question de la dernière aborder, un simple point pour certains, un rôle majeur pour d’autres : la critique journalistique. C’est le rôle qu’on a choisi d’incarner dans le cinéma : Suzy, Océane, Tina et moi. Mais comme l’a soulevé Jessica Chastain, la représentation des femmes est tout aussi catastrophique au sein de la critique. Un cercle vicieux qui ne semble pas vouloir changer. Pire que ça, l’abondance de masculinité, provoque des comportements machistes, sexistes et intolérables. Des réflexions déplacées au harcèlement, le sexisme ambiant a conquis un terrain qu’il est grand temps de reprendre de manière totalement égalitaire. Et comme pour tout, pour faire bouger les choses, il faut d’abord pointer du doigt les soucis qui empêchent l’évolution. C’est pour ça que nous avons décidé d’élever nos voix à travers nos expériences respectives au sein du journalisme spécialisé et de la blogosphère cinématographique.

Le but n’est pas de faire de la délation, simplement de faire un constat de situations parfois inexplicables qui me sont arrivées, et pour lesquelles je n’avais pas forcément de recul – Océane

Lorsque Suzy Bishop et Pauline m’ont proposé de collaborer à cet article, le timing était bien tombé. Aux Etats-Unis, un an après la démission de Devin Faraci, journaliste très influent qui a reconnu avoir attouché sexuellement une de ses camarades, on a appris qu’Harry Knowles, fondateur du site Ain’t It Cool News, avait pratiqué la même chose à plusieurs reprises sur de nombreuses femmes. Cela ne s’est pas fait sans peine. De nombreuses femmes du milieu ont reconnu que l’univers de la critique ciné souffrait des mêmes poisons que dans la « vraie » vie. Y compris les harceleurs. Cela étant, soyons honnêtes, la communauté US a bien plus de poids que la communauté française. Mais quand même.

Les quelques faits que je raconte ici, se sont produits soit publiquement sur Twitter, soit en privé. Dans ces derniers cas, quelques (anciens) proches sont au courant. Cela explique pourquoi je ne donnerai pas de noms, le reste des gens n’a pas à le savoir. Le but n’est pas de faire de la délation, simplement de faire un constat de situations parfois inexplicables qui me sont arrivées, et pour lesquelles je n’avais pas forcément de recul. Pourquoi ? Parce que je suis entrée dans la blogosphère à 19 ans. Un âge relativement jeune, comparé à certains blogueurs bien plus âgés que moi. Pourtant, j’ai toujours considéré la plupart de ces hommes davantage comme des mentors qu’autre chose. C’était des gens pour lesquels j’avais un profond respect. Je lisais leurs critiques, osais à peine leur parler sur les réseaux sociaux car… du haut de ma maigre culture, de mes maigres écrits, impossible de pouvoir leur tenir la dragée haute. Encore aujourd’hui, je vois la quasi-totalité de ces gens comme des personnes honnêtes aux intentions complètement cinéphiles. J’ai vu en cinq ans leurs points de vue sur nos représentations, les stéréotypes dont nous sommes encore victimes et nos mises en danger quotidiennes évoluer. En voyant leurs amies témoigner, ils ont compris que quelque chose n’allait pas. Et malheureusement, si j’avais pu vivre pire, j’aurais été par moments bousculée, au point de me remettre en question.

Parce que 19 ans, c’est, comme je l’ai dit, très jeune. Encore plus quand comme moi, on est timide, introvertie, anxieuse et réservée. Avec peu de confiance dans mes avis et dans mes écrits (mais ça, on y reviendra, car c’est lié d’une certaine manière à des conduites sexistes). Recevoir de l’attention de la part de blogueurs cinéphiles réputés, ça a de la classe. On se dit que notre parole a de la pertinence, qu’on peut avoir des débats cinéphiles de haute tenue. Dans la majeure partie des cas, je ne vais pas mentir, c’est ce qui s’est produit. Ça a même enrichi ma culture ciné/séries, et ça continue de le faire.

A un moment, vers l’automne 2014, j’étais quasiment angoissée d’ouvrir mes DM parce que je savais ce que j’allais lire sur mon physique, et les remerciements que j’allais devoir sortir en retour parce que je savais que cet homme avait un poids dans la blogosphère ciné

Mais pour certains, l’argument du follow est passé de « cinéphile » à « tiens, draguons cette jeune fille qui n’a pourtant rien demandé ». A plusieurs reprises, des hommes m’ont fait comprendre que j’étais « cool et jolie mais trop jeune pour eux ». Ils venaient me raconter leur vie sentimentale et sexuelle sans que je ne leur demande quoi que ce soit, et me demandaient où en était la mienne en retour. Pour d’autres, c’était une fétichisation de mes cheveux, de mes tenues vestimentaires. « Tu n’as jamais été en couple ! Mais c’est invraisemblable ! ». Je ne savais pas quoi répondre. A un moment, vers l’automne 2014, j’étais quasiment angoissée d’ouvrir mes DM parce que je savais ce que j’allais lire sur mon physique, et les remerciements que j’allais devoir sortir en retour parce que je savais que cet homme avait un poids dans la blogosphère ciné. Je mentais assez souvent pour qu’ils me laissent tranquille. Que je sois en couple pendant certaines périodes ne freinait pas les ardeurs de certains. Même si d’autres que je considérais comme des camarades m’ont brusquement lâchée pendant ces moments-là. Pour revenir dès que je redevenais célibataire. Heureusement qu’ils m’avaient follow pour le cinéma ! Ah, et histoire de donner un aperçu du malaise dans lequel j’étais : les personnes qui m’ont tenu ce genre de propos ou d’attitude avaient la trentaine, plus ou moins entamée. J’en avais dix de moins.

Je sais pertinemment ce que vous vous dites : « Ouais, bon, c’est des mecs un peu lourds, ça arrive, tu les as rejetés, c’est du passé. » Et en soi, c’est vrai. J’ai eu la chance de tomber sur les bonnes personnes qui m’ont prise sous leur aile. J’ai appris après-coup que deux
individus en particulier avaient fait preuve de comportements encore plus contestables avec d’autres filles. J’ai calculé, on atteint 6 filles, moi comprise, approchées par l’un d’entre eux. Certains camouflent leurs actes sous un « militantisme féministe » hypocrite. Pendant que d’autres sont prompts à justifier des tentatives de drague confinant au harcèlement sous l’argument que ça ne dérange pas certaines filles. Drôle d’ailleurs de constater que le pire de tous à mes yeux, visiblement vexé par le fait que ce qu’il me dise de l’affaire de Polanski ne m’intéressait pas, m’a virée de tous les réseaux sociaux avant de revenir comme si de rien n’était dans mes mentions.

Etre une fille dans la blogosphère comme partout ailleurs ne s’arrête pas qu’au harcèlement. J’aimerais aussi prendre quelques lignes pour vous parler d’une récurrence qui me fait beaucoup rire dans un autre domaine, celui des insultes. Vous comprenez, quand une fille vous dit que non, le viol d’une femme n’est pas justifié par sa tenue, il faut lui répondre que c’est pourtant le cas, et qu’elle l’a bien mérité après tout ! J’ai encore le souvenir de certaines conversations avec deux « cinéphiles », me sortant ce type de propos. Et me traitant de « vierge », notamment. J’ai aussi eu droit à un « Grande féministe de l’Eternel » de la part d’un immense fan d’un film avec Sacha Baron Cohen. A défaut d’être insultant (depuis quand militer pour l’égalité hommes-femmes est-il une insulte ?), au moins ça permet de faire des bonnes bios Twitter.

Quand on me reproche d’aimer tel ou tel film à cause de tel acteur, ça me blase, car c’est faux. Ces constats, ces blagues rapidement lassantes, ne s’appliquent qu’aux acteurs et non aux actrices alors que j’en aime bien plus que leurs confrères

Cela étant, impliquer ma vie sexuelle dans les insultes que j’ai reçues a été très dur à
encaisser. Surtout que c’est arrivé l’année où j’ai réalisé des choses très complexes et très
sombres à ce sujet ; elles me hantent d’ailleurs encore, et me hanteront probablement toute ma vie. Me faire rabaisser à l’aide d’arguments pareils, n’apportant rien à la discussion en cours, me rappelle ces gens qui utilisent des stéréotypes tels que « pucelles », « jeunes filles en fleur », entre autres, pour qualifier le public d’une œuvre souvent destinée à un public adolescent. Je ne vais même pas revenir sur Twilight, je pense que vous aviez tous cette saga en tête en lisant ces lignes. Est-ce un défaut d’être vierge (ou pas d’ailleurs) ? Reprocherait-on la même chose à un homme ? Spoiler : non.

De la même manière, si vous me suivez un peu, vous savez que je suis une fan. De beaucoup de héros, de films, d’acteurs. Je partage très souvent mes passions sur les réseaux sociaux, je me donne les moyens du mieux possible de pouvoir vivre cela à fond. Le cinéma me rend heureuse d’une manière pure, innocente et presque naïve. Je l’assume complètement. C’est l’une des rares choses que ma dépression ne me prend pas. Cela me permet de rester celle que j’appréciais être avant que ce gros nuage noir ne m’immisce dans ma vie. C’est mon échappatoire face au monde en même temps qu’un chouette moyen de rencontrer des personnes aux sensibilités différentes des miennes. Et vu mon caractère peu facile à vivre comme je l’ai dit plus tôt, partager mes avis sur des films est un moyen pour les gens d’apprendre à me connaître. Quand on me reproche d’aimer tel ou tel film à cause de tel acteur, ça me blase, car c’est faux. Ces constats, ces blagues rapidement lassantes, ne s’appliquent qu’aux acteurs et non aux actrices alors que j’en aime bien plus que leurs confrères. On m’a aussi fait comprendre que mon ressenti l’emportait sur la prétendue objectivité chère à certains. Un cliché complètement faux. On me le reproche tellement, encore une fois sous un ton farceur et ironique, que je manque parfois d’enthousiasme pour écrire sur un film qui m’a plu. J’entends encore les « Ah oui tel acteur a de supers abdos, normal que tu aies aimé », et autres plaisanteries. Un après-midi à décrire dans un papier la photographie magnifique d’un Roger Deakins, à apprécier la beauté d’un scénario d’Aaron Sorkin, pour être réduite à aller voir lesdits films juste pour baver sur les acteurs principaux.
C’est un détail pour vous, c’est juste démoralisant après cinq ans passés dans cette
blogosphère aux défauts aussi apparents que les tentacules d’une pieuvre.

Surtout quand en face, certaines plumes se permettent des propos outranciers sur certaines actrices directement dans leurs critiques. Telle actrice pas « assez sexy », une autre dont l’allure masculine serait un handicap à la qualité de son film… Beaucoup de critiques (et je ne dirai pas de noms, car il y en a trop) font toujours trop référence au physique des interprètes, confinant souvent à l’irrespect.

 J’ai bon espoir qu’un jour, les noms sortiront, et que l’on pourra cesser de mettre sur un
piédestal critique des hommes aux comportements répréhensibles qui affectent bien plus de gens qu’on pourrait le croire

Sachez que ma contribution à cet article omet certaines choses qui me sont arrivées cette
année. De la part de gens qui m’étaient chers, et qui continuent malgré tout à l’être. Cela fait longtemps que j’ai accordé mon pardon (dont ils ne veulent probablement pas, soyons honnêtes) à ces individus. Je n’ai plus envie d’avoir de la haine envers quiconque, c’est usant. Quand je vois plus globalement des propos sexistes sur les réseaux sociaux, ou même en chair et en os, je ne me bats plus. Je suis fatiguée de me faire insulter, que ce soit sur Twitter ou sur Curious Cat, alors je reste silencieuse. Et ne nous mentons pas, mon coming-out en tant que bisexuelle n’a pas aidé. Alors est-ce une victoire ou une défaite ? Je ne sais pas. Je sais juste que je devais parler publiquement de tout ça au moins une fois. Je ne saurais même pas vous dire si ces micro-expériences m’ont réellement affectée ou si j’en suis sortie plus forte. L’initiative de Suzy Bishop et Pauline, si elle permet de libérer la parole concernant le harcèlement, les insultes, et les stéréotypes, est bienvenue. Je doute que ma contribution aide quoi que ce soit, mais je suis malgré tout contente d’avoir pu offrir mon ressenti sur la situation. Et naturellement, j’offre mon soutien à toutes les personnes de ce milieu s’étant déjà retrouvées dans ce type de situation. Se faire insulter ou harceler n’est pas de votre faute. Lorsque j’ai écrit la première partie de l’article, j’ai ressenti une immense honte. Honte d’avoir réalisé trop tard les intentions de certains. Honte de continuer à leur parler… Et une honte de me plaindre. Parce que dans ma tête des voix me disent que j’aurais dû savoir et faire quelque chose. Que je suis en quelque sorte responsable, parce que la plupart du temps, c’est moi qui ai fait la démarche de m’intéresser à la parole de ces hommes.

J’ai bon espoir qu’un jour, les noms sortiront, et que l’on pourra cesser de mettre sur un
piédestal critique des hommes aux comportements répréhensibles qui affectent bien plus de gens qu’on pourrait le croire. Si vous pensez le contraire, regardez donc le savoureux quart d’heure que passe actuellement Harvey Weinstein. Lorsque les comportements irrespectueux dépassent la bulle de la blogosphère, il n’est plus question de blogueurs, ou de cinéma mais d’êtres humains lamentables. TOUT finit toujours par se savoir.

Je lisais des revues spécialisées, regardais des vidéos sur Youtube, parfois des émissions consacrées au cinéma, j’y voyais bien une majorité d’hommes, oui mais pour moi -comme pour tout le monde- c’était parce que peu de femmes s’y intéressaient et donc c’était une logique de cause à effet

– Pauline

Il y a quelque chose de totalement satisfaisant, presque magique, lorsque pour la toute première fois le métier dont vous avez rêvé plus petit.e s’offre à vous. Pour moi ce n’était pas être pompier, maîtresse d’école ou maître Jedi, pour moi c’était le cinéma. Ce grand écran qui m’a toujours fasciné, je voulais le connaître par cœur, ne louper aucune de ses facettes. Il était évident, lors d’un exercice en dernière année de collège, que le métier dont je rêvais était celui de critique cinématographique. Jusqu’ici, tout allait bien, on me considérait comme la cinéphile du collège puis du lycée. Aucune réflexion déplacée, à peine des remarques sexistes au final. J’aimais conseiller mes camarades, ma famille et mes ami.e.s sur les potentiels films qu’ils allaient voir. Je lisais des revues spécialisées, regardais des vidéos sur Youtube, parfois des émissions consacrées au cinéma, j’y voyais bien une majorité d’hommes, oui mais pour moi -comme pour tout le monde- c’était parce que peu de femmes s’y intéressaient et donc c’était une logique de cause à effet. Instinctivement j’ai accepté cette masculinité omniprésente au point, parfois, de remettre ma légitimité à parler cinoche en question.

Lors d’une dernière épreuve du baccalauréat, un membre du jury venu examiner mon dossier d’arts (que j’avais, évidemment, consacré au 7e art) m’a alors fait cette remarque qui m’a, un peu plus tard, mis sur les bancs de la fac de cinéma: « C’est quand même dommage qu’une jeune fille passionnée et passionnante comme vous n’aille pas étudier et creuser cet appétit pour la pellicule dans une école ou une fac de cinéma ». Pas de grande réaction de ma part sur le moment, un sourire, et un 20 en poche j’ai donc quitté le lycée (avec le bac) pour une année supérieure dévastatrice mais essentielle qui m’a mise sur le fameux chemin de la fac de cinéma.

Comme je vous le disais, en atteste en plus la remarque du monsieur-de-l’épreuve-d’arts, je n’avais jamais réellement senti, de la part des autres, un jugement sexiste concernant mon choix. Mes parents étaient comblés de me voir faire ce que j’aimais et pour mes ami.e.s, cette réorientation, coulait de source. Au final, tristement, j’ai découvert les remarques odieuses, les « on parle de films autour d’une bonne bière entre mecs » et j’en passe sur les bancs des cours de cinéma. Majoritairement, des mecs, qui voulaient tous devenir réalisateur et minoritairement des filles, qui osaient à peine rêver aussi grand tant les « c’est déjà difficile pour un mec alors pour une nana… » étaient nombreux. Et je fais directement une grosse parenthèse ici en mentionnant le fait que ces phrases totalement misogynes n’étaient pas spécialement lâchées par des beaufs.

C’est alors que je me suis aperçu que les femmes étaient plus nombreuses quand il s’agissait d’un film d’auteur, d’un film avec une célèbre actrice à l’affiche ou d’un film un peu plus dramatique. Les blockbusters, les films d’actions ou avec Tom Cruise en grand baron de la drogue, eux, pouvaient se retrouver totalement vide si l’on s’amusait à supprimer les sièges où des hommes étaient installés

En parallèle à cette première année, j’ai décidé d’ouvrir mon propre blog -celui sur lequel vous êtes donc-. Disons que dans un esprit un peu de rébellion, j’avais envie de gérer mon propre site, toute seule. J’avais écrit sur trois sites auparavant, tous gérés par des mecs, et principalement alimentés par… des mecs. J’avais déjà les prémices de cet article en tête. Rapidement, à mon grand étonnement, le blog m’a ouvert les portes d’événements tels que les projections blogo/presse. Des salles de cinéma entièrement réservées aux critiques. Des critiques majoritairement masculins. Parfois j’étais la seule nana, parfois nous étions deux, dans les meilleurs jours nous pouvions être compté sur les doigts d’une main. Une fois je le remarque, la deuxième fois je le constate, la troisième fois je soulève le problème et la quatrième fois je décide d’en parler un peu, puis plus et enfin beaucoup. Ces projections, j’ai pu d’ailleurs y participer en tant que stagiaire, il y a encore quelques semaines. Dans un média bien plus gros, bien plus influent que mon petit blog. Des projections bien plus prestigieuses donc où le constat était bien plus alarmant. Parfois, quand j’arrivais en avance, je comptais le nombre de femmes et le nombre d’hommes. J’ai continué comme-ça, en mentionnant également le film. C’est alors que je me suis aperçu que les femmes étaient plus nombreuses quand il s’agissait d’un film d’auteur, d’un film avec une célèbre actrice à l’affiche ou d’un film un peu plus dramatique. Les blockbusters, les films d’actions ou avec Tom Cruise en grand baron de la drogue, eux, pouvaient se retrouver totalement vide si l’on s’amusait à supprimer les sièges où des hommes étaient installés. Oui, les femmes sont vues comme plus sensibles, « naturellement » plus douces et plus proches des sentiments que des sensations, comme si nous n’avions pas le droit d’apprécier un bon divertissement ou un thriller sanglant et que nos goûts cinématographiques devaient être réduits à des « soirées filles » organisées lors des sorties de navets comme Fifty Shades of Grey et j’en passe.

Il est grand temps de glisser une anecdote croustillante tant elle m’a fait grincer des dents. Un jour, je me retrouve à interviewer un célèbre acteur. J’y vais avec deux collègues -masculins- qui sont charger de capter l’instant. L’acteur arrive, nous serre la main et se dirige vers un de mes collègues en lui demandant si, pendant que nous nous installons, il pouvait jeter un œil aux questions. Petit instant malaisant quand les échanges de regard, et moi, ma fiche à la main, je lui tend les questions. Il me dit, d’un ton gêné et en s’excusant, qu’il venait de passer la journée entre les mains des journalistes, tous des hommes. C’était donc pour lui, totalement naturel d’aller vers un homme. Aucune méchanceté dans ces propos mais de nouveau la question est soulevée: le cinéma est un monde majoritairement masculin et ça à TOUS les niveaux.

On ne manquera pas d’ailleurs de rappeler les petites remarques telles que « ah mais tu as un bon esprit d’analyse » – alors que tu as une licence ciné- quand tu discutes pendant une heure d’un film avec un collègue, des débats sur les réseaux sociaux où on ne manquera pas de te lâcher des petits messages privés qui passe du simple débat autour d’un film à des discussions intimes forcées, des demandes de rendez-vous ou « simplement » des remarques sur ton physique allant de tes cheveux à la manière de t’habiller. Combien de fois, après ces projections dont je parlais plus haut, j’avais le droit, à peine rentré chez moi, à des DM via Twitter de mes confrères me faisant remarqué qu’ils m’avaient bien vu -bien creepy comme il faut donc- et que j’étais très jolie s’énervant -insultes et j’en passe- si je ne relevait pas la remarque ô combien « gentille » -selon eux- mais ô combien « déplacée ».

Ici, on parle uniquement de l’univers cinématographique soit une toute petite partie de ce que peuvent subir, chaque jour, les femmes dans leurs vies professionnelles et personnelles

Ce qu’il faut avant tout comprendre c’est que ces quelques anecdotes sont en réalité le quotidien pour nous. Nous devons toujours justifier notre légitimité à parler ciné, malgré nos diplômes -parfois plus élevés que ceux de nos confrères-, nous devons souvent faire la sourde oreille, nous retenir de ne pas répondre à des remarques complètement déplacées sous prétexte que nous sommes avant tout liés par le cinéma, faire face à des individus indésirables qui semblent être intouchables parce que leurs voix comptent plus que la notre. Ici, on parle uniquement de l’univers cinématographique soit une toute petite partie de ce que peuvent subir, chaque jour, les femmes dans leurs vies professionnelles et personnelles.

Il est donc important que ces témoignages aient des échos. Chez tout le monde. Pas uniquement chez les femmes concernées mais également chez les hommes. Le problème nous concerne tous et les nombreux scandales qui éclatent en ce moment même nous montre l’étendu d’un problème qu’il faut régler au plus vite.

La suite de l’article: les témoignages de Suzy et Tina

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