Ça: quand le film d’horreur devient une ode à l’enfance

Il fait déjà fureur dans les salles américaines, avec son -seulement- deuxième long-métrage, Andrés Muschietti met le box-office à ses pieds. Après avoir été remarqué en 2013 avec son film d’horreur, Mama, le réalisateur argentin revient pour une nouvelle adaptation du roman Ça de Stephen King. Paru en 1986, le roman avait déjà fait l’objet d’une adaptation télévisuelle en 1990 par Tommy Lee Wallace. Première adaptation réussie et devenue un véritable objet culte. Que vaut cette nouvelle version d’un des romans les plus effrayants de tous les temps ?

Serait-il étrange de ne pas parler de la dimension horrifique pour un film d’horreur ? Pourtant, Ça -nouvelle adaptation du roman éponyme de Stephen King- de Andrés Muschietti est plus une ode à l’enfance qu’un film d’horreur à jump-scares. Malgré des moments de terreur qui provoquent les sursauts et les cris de spectateurs, le film se concentre sur les relations, les liens familiaux et amicaux, la complexité de l’enfance avec ses bons et mauvais côtés et en bref, offre un portrait touchant sur l’enfance et sa sincérité.
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© Paramount Pictures

Écarter la dimension horrifique du film n’est peut-être pas la meilleure des choses mais lorsqu’il s’agit d’un long-métrage qui joue sur la psychologie des personnages, l’horreur ne devient plus qu’une partie de la vie. Les scènes les plus effrayantes ne sont, d’ailleurs, que minoritaires. Et bien qu’elles ne soient pas mauvaises tant elles sont efficaces, elles ne sont qu’une petite partie de l’histoire qui défile et s’anime à l’écran : Un an après la disparition de son petit frère Georgie, Billy ratisse tous les coins de sa petite ville du Maine en espérant retrouver une trace de son frère. Accompagné de sa petite bande de losers, comme ils se surnomment, le jeune adolescent découvre qu’une chose obscure abrite les égouts de la ville.
De cette histoire va alors se dresser un portrait sincère et touchant de l’enfance. Cette phase de la vie où l’on se sent à la fois vulnérable, rempli de courage et d’espoirs. C’est de loin ce que le film a de meilleur et a de plus réussi. En effet, le film met en scène le quotidien de jeunes adolescents. D’ailleurs là est tout l’intérêt du film. Alors que la plupart des films d’horreurs grands publics meublent avec des histoires originales -très bancales- afin d’occuper un espace vide entre deux scènes flippantes, Ça, fait tout le contraire. Ici, l’histoire est plus importante que les scènes dites d’horreur -bien que, plus bas, nous verrons que l’horreur se cache ailleurs-. On ne cherche pas à meubler le film avec une histoire pseudo intéressante pour aspirer une quelconque tension. Il y a l’histoire et dans cette histoire il y a des phénomènes inexpliqués. C’est en ça que le film se démarque de bien d’autres long-métrages vendus au même titre (également pour cette raison que certains spectateurs peuvent être déçus). En mettant en scène les peurs des protagonistes (nombreux mais tout aussi attachants et remarquables les uns que les autres), le réalisateur, poussent les thèmes les plus quotidiens jusqu’à l’extrême imaginant qu’un monstre maîtrise nos plus grandes peurs afin de nous manipuler. Des peurs plus ou moins universelles qui peuvent correspondre à grand nombre de spectateurs qui pourront, à ce moment-là, s’identifier. Ainsi, des grandes problématiques, qui ne font pas partie, de base, de l’horreur, vont être brassées : le deuil, la maladie, le harcèlement scolaire, le sult-shaming et même les règles. C’est d’ailleurs un point qui n’a pas beaucoup été relevé et qui mérite une attention particulière car il reflète beaucoup les intentions du film.
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© Paramount Pictures

Si tous les personnages sont très intéressants, il y en a un qui attire particulièrement l’attention et qui a un traitement particulièrement remarquable. Pas parfait, parfois maladroit mais assez bon pour être remarquable. Le seul personnage féminin de la petite bande est Beverly, une jeune adolescente, peut être légèrement plus âgée que les autres membres du club des losers. Dans la première scène où elle apparaît, on l’a voit cachée dans les toilettes de l’école, fuyant une de ses camarades qui lui veut du mal. Dans cette scène, en plus de subir du harcèlement scolaire, la jeune Beverly, subit particulièrement du slut-shaming -qui va d’ailleurs être mentionné plusieurs fois aussi bien par des enfants que par des adultes-. Une introduction du personnage qui va permettre de planter le décor, d’instaurer l’environnement dans lequel la jeune fille vit. Un peu plus tard, une scène assez remarquable pour être soulignée, a créé chez moi, une véritable sensation de satisfaction : on y voit Beverly, dans une pharmacie, face à des boîtes de tampons et autres serviettes hygiéniques semblant complètement dépassée par cette « multitude » d’options qui s’offrent à elle. La scène traitée de la plus simple des façons, avec toute la « normalité » du monde -bien qu’elle ait suscitée quelques rires dans la salle de cinéma…- est d’une telle rareté dans les films grands publics qu’il est bon de souligner et surligner son existence. Un plan suffit à comprendre que la jeune fille a ses règles, que son corps d’enfant change et qu’elle entre dans une nouvelle phase de sa vie. Muschietti aborde alors un nouveau point de l’enfance et plus particulièrement un point qui touche en majeure partie les personnes s’identifiant en tant que femmes. Ce point souvent moqué, toujours tabou, le réalisateur argentin l’étend au maximum en le transformant en peur. La peur de Beverly va entièrement tourner autour de ce changement corporel qui se caractérise avec l’abondance de sang. Elle qu’on sexualise déjà beaucoup trop -cela passe également par la relation malsaine avec son père- et qui se sent mal à l’aise dans ce corps qu’elle ne contrôle plus. Non, lorsque la scène qui évoque la peur de la jeune fille -scène que tous les protagonistes vont connaître- en montrant des longs cheveux -les siens, qu’elle a coupé plus tôt : symbole d’une féminité qu’elle rejette- l’entourer et l’étouffer ce n’est pas un hasard. Pas non plus à un hasard ou un effet de style que de voir tout ce sang la tâcher, asperger la pièce, rendre l’espace totalement rouge. Telle Carrie (au bal du Diable de Brian de Palma – 1977), la peur de Beverly est axée sur un changement brutal et inévitable. De toutes les peurs abordées dans le film, cette dernière est la plus réfléchie et la plus remarquable. Encore une fois le sujet n’est pas parfaitement abordé mais c’est assez remarquable de voir qu’un tabou centré sur un phénomène corporel aussi naturel qu’il soit, puisse apparaître et être traité de cette façon dans un film à grande portée.
La peur de Beverly témoigne d’une autre façon de représenter l’horreur. La moins évidente certes puisqu’elle n’est pas représentée à coup de gros plan sur une tête effrayante, sur une porte étrangement entrouverte ou sur un ballon avec lequel on n’a pas envie de jouer. Oui, l’horreur se cache ailleurs. Chez un père à l’attitude alarmante, déplacée et répugnante, chez une mère qui surprotège son fils au point de lui inventer des maux, chez un enfant à qui on demande de tuer, chez des parents qui imposent leur religion ou encore dans une famille qui doit faire le deuil d’un fils disparu. L’horreur se cache dans les couloirs de l’école où on risque de se faire piétiner, insulter et cracher au visage. Et lorsque l’on est enfant, toutes ces choses déjà difficilement surmontables adulte, s’avèrent être un véritable calvaire. Il faut alors rassembler tout le courage du monde pour affronter ces horreurs de la vie qui retirent, bien trop tôt, l’innocence d’un enfant.
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© Paramount Pictures

Toutes les peurs des personnages représentent une partie de la complexité de l’enfance. L’un, surprotégé par sa mère, à peur des maladies, un autre n’ayant rien pu faire face à la mort de ses parents, se sent coupable, et puis un autre n’arrive pas à faire le deuil du petit frère qu’on lui a trop vite prit. Toutes ces peurs témoignent de l’enfance. Au début l’enfance vulnérable puis l’enfance courageuse et enfin l’enfance triomphante. Celle qui n’hésite pas foncer tête baissée dans une maison à l’apparence peu amicale, celle qui fait face à la plus terrible des créatures et par extension celle qui fait face à ses propres peurs. Au final, si le film n’est pas axé sur l’horreur, c’est tout simplement parce qu’il dresse, de la plus belle des façons, le portrait de l’enfance. L’une des plus importantes périodes de la vie d’un individu.
Il faut reconnaître que les spectateurs avides de sensations fortes pourront potentiellement être déçus car il faut le dire, les scènes les plus effrayantes sont peu nombreuses. Néanmoins si vous cherchez autre chose que des jump-scares en masse, Ça, va certainement vous séduire par ses nuances et par son portrait, tout en hommage, et en complexité de l’enfance.
Ça en salles à partir du 20 septembre.
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