Les Gardiens de la Galaxie – Volume 2: trapped by a feeling

Cela fait bientôt dix ans que la vague Marvel Studios déferle de manière bi voire triannuelle dans les salles obscures internationales. Au programme: des bastons, des blagues bien – ou pas – senties, des effets numériques à la pelle et une armada de super-héros interprétés quasi-exemplairement par des acteurs renommés. 

Cependant, les films sous ce label ne deviennent parfois que des caricatures, écrites et tournées à la va-vite, de ce qui faisait leur sel originel, fait qui arrive régulièrement lors de très longues sagas (Police Academy, Saw, ou dans une moindre mesure L’Arme Fatale peuvent en témoigner). De plus, chaque néophyte du genre arrivant en plein milieu du Marvel Cinematographic Universe se doit alors de décoder et rechercher tout ce qui a été fait auparavant afin de tout comprendre aux films et séries. Chaque métrage estampillé Marvel Studios n’était alors plus qu’un rouage, qualitativement tenace ou non, d’une usine au tempo désormais incoercible, où le « tout » de l’univers prend alors le pas sur l’oeuvre « unique » d’un réalisateur. Le gonflement incessant du cahier des charges de l’entreprise devient alors tout aussi fascinant que potentiellement dangereux pour la place de l’auteur dans l’art.

GARDIENS_1

Seulement voilà: en 2014, un énergumène du nom de James Gunn, réputé en partie pour ses scénarii des deux premiers films Scooby-Doo – le mot « réputé » devient tout de suite étrange, ne trouvez-vous pas ? – dézingue la porte de Kevin Feige au pistolet blaster et sort Les Gardiens de la Galaxie. Nouveau concept, nouveaux univers, nouveaux héros, nouvelle esthétique : la formule magique de cette nouvelle production rassurait quant à la possibilité de restes de l’intégrité artistique des studios au profit d’un travail à la chaîne impersonnel. Le mélange d’une mouvance eighties avec un univers futuriste presque anachronique prêtait régulièrement à sourire, tout en préservant de belles tranches d’émotions, malgré un scénario parfois hasardeux et un antagoniste caractérisé en deux temps trois mouvements. C’est assez drôle, c’est assez bien découpé, ça fonctionne, et sans pour autant être forcé de tout connaître des comics ou de l’organisation S.H.I.E.L.D. Pari relevé haut la main.

Après l’annonce du retour express de Spider-Man chez ses créateurs, un Civil War orné de quelques moments de grâce et un Doctor Strange aux retours mitigés, débarque le retour tant attendu de Star-Lord, Rocket Raccoon, Drax, Gamora et Groot, cette fois-ci tout petit, sur les écrans. Et le verdict est sans appel: hélas, Les Gardiens sont devenus un rouage impersonnel de Marvel Studios.

GARDIENS_2

Tout d’abord, cela va sans dire que les failles monstrueuses du premier volet n’ont en aucun cas été retravaillées ici. Il faut en effet attendre une heure de film pour qu’une trame narrative se dessine enfin, ce qui précède servant de nouvelle scène d’exposition pour les personnages, avec notamment la création de nouveaux liens et la solidification inutile de certains autres, et la révélation d’un fusil de Tchekhov à la subtilité digne d’un tractopelle qui tente un créneau. Chaque thématique présentée au fil des minutes a aussi l’immense inconvénient d’être surlignée en permanence: James Gunn semble être obligé de vouloir tout justifier, alors que l’image à elle seule évoque ses propos suffisamment bien pour les faire comprendre !

Les Gardiens, eux, n’ont en aucun cas évolué. Si cela pouvait être amusant dans le premier volume, voir des personnages faire du surplace les trois-quarts d’un métrage n’a rien de vraiment passionnant. Drax fait les mêmes blagues, idem pour Rocket Raccoon mais qui lui les explique également, Star-Lord est encore en dilemme existentiel mais cette fois-ci dans un jeu de miroir entre sa « vraie » famille (Ego, interprété par un Kurt Russell fatigué, qui devait passer par là) et ses nouveaux proches que sont ses compères de mutinerie; et Gamora se bat contre sa soeur dans une storyline non creusée, semblant uniquement faire office de transition avec le suivant. Mais la palme de l’aberration narrative est attribuée à Baby Groot, qui semble avoir été complètement jetée à la trappe pendant presque tout le film, sous prétexte qu’il est mignon, et que ce sera suffisant.

Et d’un point de vue purement ad hominem: le film n’est pas drôle, ni touchant. Il aurait pu être drôle s’il avait la faculté à pouvoir passer à autre chose, s’il ne téléphonait pas toutes ses blagues sans raison, s’il créait de nouvelles situations débouchant sur divers registres comiques… Or, il se répète tout le temps et propose même quelques blagues scatos plus gênantes qu’hilarantes. Il aurait pu être touchant s’il ne passait pas de très longues minutes à expliquer, encore une fois, pourquoi c’est censé être touchant. Le syndrome Nolanien, aussi surnommée « virus de l’explication orale en dépit de celle visuelle » frappe à nouveau Hollywood…

null

Dans un registre plus technique, ce nouveau chapitre regorge de problèmes étonnants au vu de la capacité de James Gunn à pouvoir transcender quelques flottements scénaristiques. Il s’était assez bien débrouillé sur Super, avait géré ses failles sur le premier volet des aventures galactiques en question, mais se vautre complètement ici, la faute à une gigantesque surenchère de couleurs n’ayant plus aucun sens au final. S’il est agréable de voir qu’il existe encore des films de super-héros qui n’ont pas de filtre bleus ou grisâtres – coucou Zacky -, la gestion colorimétrique bordélique nuit complètement à la lisibilité du cadre. Un cadre qui, dès qu’il est lisible, est d’une banalité affligeante. Aucun plan ne semble avoir de grille de lecture, aucun mouvement ne semble avoir de sens propre, à l’exception du plan italien en travelling circulaire, repris avec un cynisme à s’en tirer les « cheveux », ce qui est fortement dommageable.

Le plan-séquence d’ouverture à lui seul est symptomatique de cette idée de « porno de mouvement »: il ne présente rien de particulier, ne recèle d’aucune émotion, n’a pas besoin de présenter l’immédiateté ni l’urgence de la scène et n’a pas non plus de vrai ressort comique (non, Drax qui tombe par terre devant Groot, c’est pas un resort comique). Il n’a pas plus d’intérêt qu’une séquence découpée au rythme de la musique en off. Ce plan est donc formellement inutile, et présente juste une prouesse numérique réussie, soit, mais énormément vaine. Même les idées de rapports d’échelle ne sont pas suffisamment creusés, et au vu de l’abattage scénaristique effectué pour ce film, tout cette pauvre créativité visuelle commence à faire croire que le premier volet n’était bon que parce qu’il bénéficiait de la caution « fraîcheur » de son concept. De plus, l’esthétique eighties propre à la saga semble ici plus forcée qu’autre chose, car le film hésite régulièrement entre se rapprocher du réalisme ou rester sur des incrustations plus cheap, plus nanardesques. La « coolitude » du premier volume semble disparu, et Gunn poursuit celle-ci sans jamais toutefois la rattraper…

Le didactisme du film, notamment dans son apport thématique comme dit plus haut, est aussi la génération inévitable que le systématisme du montage dans lequel le réalisateur s’est fourré. En effet, chaque séquence s’ouvre en réponse au dernier plan, que ce soit dans l’image ou le dialogue. Cela alourdit conséquemment ce projet qui n’avait pas forcément besoin de ça… Du côté du casting, outre Kurt Russell il n’y a pas grand-chose à dire de plus que le premier volet, si ce n’est que dans cet épisode, Chris Pratt semble nettement plus éteint, moins concerné. Cela colle au héros qui se désintéresse des Gardiens afin de vivre prospère avec son père, mais ce jeu n’est pas forcément cohérent avec toutes les scènes, notamment celles d’action, où son désintérêt paraît sauter parfois aux yeux. Sinon, Dave Bautista fait du Dave Bautista, Vin Diesel et son ego disent « I am Groot », Karen Gillan est pas mauvaise mais si ça avait été quelqu’un d’autre à sa place ça n’aurait choqué personne, Bradley Cooper est toujours déjanté en Rocket Raccoon mais a du mal à trouver des nuances de jeu en fin de métrage, lorsque son personnage se retrouve d’un coup moins sûr de lui, et Zoe Saldana est tout aussi correcte et cohérente en Gamora qu’il y a trois ans. Autrement, Elizabeth Debicki et Sylvester Stallone font presque office de caméo, Pom Klementieff est assez géniale, il faut l’avouer, en Mantis candide, mais le personnage le plus intéressant reste tout de même celui de Michael Rooker, Yondu, car il profite de la scène la plus réussie du film et arrive, lui, à cerner tout le potentiel de son personnage malgré, encore une fois, une écriture balourde, et offre une prestation de haute voltige.

null

Les Gardiens de la Galaxie – Volume II est donc un film aussi brouillon que son aîné, certes; mais lui n’arrive pas à retrouver toute l’énergie de la saga. En découle alors un film très balisé, qui se répète et surligne ses intentions, au milieu d’un bordel coloré nettement plus forcé. La saga semble de plus en plus proche de la connexion à l’univers cinématographique de Kevin Feige. L’usine Marvel: 1; James Gunn: 1. Balle au centre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s