Big Little Lies : petit mensonge, grande série

Le pilote était présenté sur grand écran au Forum des Images il y a quelques jours au Festival Séries Mania tandis que la mini-série portée par une Nicole Kidman remarquable, une Reese Witherspoon et une Shailene Woodley attachante, Big Little Liesclôturait sa seule et unique saison. Produite par ses actrices et réalisée par Jean Marc Vallée, comment cette mini série a su donner un vent progressiste sur nos petits écrans ? 

Maisons luxueuses, mères au foyer aux allures parfaites, vous n’êtes ni à Wisteria Lane petite banlieue américaine dont sont issues les Desperate Housewives ni dans la flamboyeuse vie New Yorkaise des femmes d’affaires de Sex and the City mais bien à Montgomory petite ville en bord de mer Californienne où vivent Celeste (Nicole Kidman), Madeline (Reese Witherspoon) et Jane (Shailene Woodley). La série s’ouvre sur ce qu’on comprend, rapidement, être les flashback d’une soirée somptueuse où, semblerait-il, un abominable crime vient d’être commis puis la narration classique commence. Tout comme un bon premier épisode, on se retrouve le jour de la rentrée dans la petite ville aux allures paisibles. Jane est une nouvelle habitante qui fait la connaissance en chemin de Madeline petite blonde au caractère bien trempé toujours tirée à quatre épingle et Celeste, meilleure amie de cette dernière, à la douceur naturelle. Si d’apparence tout semble parfait un événement va alors tout chambouler et être le point de départ de tout : Amabella, petite fille de six ans s’est fait physiquement harcelé par un de ses camarade de classe. Elle désigne alors Ziggy le fils de Jane comme étant le harceleur. De là par une incroyable et démesurée querelle entre le clan de Jane constitué de Madeline, Celeste et le clan de la mère de Amabelle, Renata (Laura Dern) qui embarque avec elle toutes les autres mères de la classe.

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Cette querelle met en place les différentes intrigues de la série mais surtout met en place une narration classique que l’on peut trouver dans les séries typiquement américaines qui représentent les femmes dans des clichés sociaux sexistes comme le fait que les femmes sont jalouses entre elles, qu’elles sont sans cesse en compétition les unes avec les autres et donc dans une perpétuelle querelle entre elles. Si ce schéma est vrai pour les six épisodes sur sept que contient la série il s’avère être totalement détruit et renversé lors du dernier épisode dont je reparlerai un peu plus bas -attention ce passage contiendra des spoilers-. Si d’apparence la série semble être un formidable cliché tout comme ce qu’elle semble montrer, elle est en réalité tout l’inverse. Très rapidement la série prend un ton très dramatique en apportant des sujets très sensibles mais essentiels et tout cela avec une justesse remarquable. Ainsi, la série va aborder des sujets comme le viol, les rapports conjugaux abusifs (le viol, la violence physique et mentale), l’indépendance des femmes, les rapports entre elles…Le personnage le plus fort est celui de Celeste remarquablement interprété par Nicole Kidman que l’on avait pas vu aussi juste depuis des années. Son personnage est vite montré comme très doux, très serviable et très fidèle à ses ami.e.s et à sa famille. Ses enfants sont deux jumeaux à l’adorable bouille, son mari a une allure parfaite et sa demeure, presque encerclée par l’immensité de l’océan, est d’une beauté sans nom.

Très vite cette perfection est démontée. Tout comme la demeure dans laquelle elle vit, Celeste est encerclée, étouffée par son mari qui paraît immense à côté de lui. Il l’a bat pour à peu près n’importe quelle « raison » et la viole juste après. C’est de loin le sujet le plus intéressant de la série. Bien que les scènes de violences soient très insoutenables par leur frontalité, elles sont essentielles pour le sujet qu’elle traite parce que c’est un sujet souvent mal traité. Ici, bien que le réalisateur soit un homme -je m’explique deux lignes en dessous pourquoi je précise le fait que le regard qui filme est masculin-, les scènes de viol ne montrent aucun désir. Elles montrent la violence et la monstruosité de ce crime. Bien souvent dans les séries -ça s’applique également aux films- les viols ne sont pas dépeints ainsi. Les séries qui sont amenées à mettre en scène le viol montrent toujours le côté masculin -car la plupart du temps ce sont des hommes derrière la caméra- et donc le côté du désir -exemple avec les problématiques scènes de viol dans Games of Thrones-

Et c’est Celeste qui va être le point central de tous les fils conducteurs de la série : finalement on apprendra que c’est un de ses jumeaux qui bat Amabella, que le violeur de Jane c’est son mari -le fils de Jane, Ziggy, dit à sa pédopsychiatre qu’il pense que son père est Dark Vador. Cela prend tout son sens lors de la révélation finale- et que le mort de cette soirée n’est autre que son mari également. Il faudra donc attendre le septième épisode pour que tout ce qui a été mis en place : les clichés de la mère au foyer parfaite, du portrait des femmes abusées et abusives soient totalement remis en cause par un élant de sororité -elles tuent le mari de Celeste- impuni par la justice. Les femmes sont alors represéntées comme indépendantes, impunies par la justice -elles ne sont pas condamnées pour leur crime- et libérées de l’oppression masculine -elles tuent le mari de Celeste habillées en Audrey Hepburn alors que lui était habillé en Elvis Presley- Le dernier plan peut à lui seul résumé la fin de la série: les femmes regardant ensemble l’immensité de l’Océan, sans aucune figure masculine à l’horizon, comme pour montrer l’avenir d’une nouvelle société dénuée du patriarcat actuel.

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