Crime Time: minuit n’est plus l’heure du crime

Il y a quelques semaines lors d’un événement j’ai pu découvrir trois épisodes d’une nouvelle série créée par José CaltagironeValentine Milville et Aurélien MolasCrime Time. La série, franco-brésilienne réalisée par Julien Trousselier, sous forme de sept épisodes de dix minutes est une web-série originale disponible sur studio +. Que vaut cette série aux allures des plus grands?
Crime Time: hora de perigo -traduisez  le sous titre par, littéralement, « l’heure du danger« -est l’histoire d’un ancien lamentable flic né dans les favelas, Antonio « Tony » Padaratz. A partir d’une opportunité inattendue, Tony devient le présentateur vedette du show télévisé le plus regardé au Brésil: Crime Time qui plonge chaque soir les spectateurs dans l’enfer des favelas et des gangs sanguinaires. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Comment un pauvre petit flic né dans les favelas a-t-il réussi à devenir le roi de l’audimat ?
Dès les première secondes du premier épisode, Crime Time, nous plonge dans un univers télévisuel très cru mettant en place le côté très obscur et sanguinaire de la série. En effet, les première secondes montrent le présent de Tony -ancien flic s’étant reconverti dans la télévision- en pleine heure de direct pour son émission macabre réunissant des millions de téléspectateurs chaque jour. Cette scène met en place le personnage, sa situation mais également le propos du film. Sans trop en dévoiler sur le reste de la série, les premières secondes et minutes du premier épisode sont essentielles car elles forment le tout de la série : son personnage principal très indigeste par son froid flippant face à la situation, son propos c’est à dire le cœur de l’émission macabre avec notamment une première scène de crime très gore -âmes sensibles s’abstenir- mais également sa mise en scène avec à la fois la caméra de «fiction » – caméra dont le spectateur n’a pas conscience- et la caméra subjective qui elle sert le propos de la fiction -la caméra avec laquelle l’équipe de tournage tourne l’émission mais également celle avec laquelle Tony filme les crimes-

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C’est également dans les premières minutes que l’on découvre les deux temporalités de l’histoire : le présent avec Tony en tant que présentateur télé et le passé où l’on retrouve Tony en policier des favelas. Les deux temporalités permettent de construire le personnage et son ascension. Le format -sept épisodes de dix minutes- permet de créer une véritable attente entre les épisodes. En effet, ce format est très malin. Il est quasiment impossible de s’ennuyer, de trouve le temps long car les actions s’enchaînent très rapidement, l’histoire avance et à mesure que le personnage de Tony change, l’action s’accélère comme pour refléter ce que le personnage est en train de vivre.

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Là où cette web-série se distingue des autres c’est par sa qualité de réalisation et d’écriture. Très souvent les web-séries par manque de budget ou de temps -ou les deux- sont de qualité assez inférieure. On y trouve une réalisation plutôt médiocre où les erreurs s’enchaînent pour donner un résultat final assez décevant. Ici, pas du tout. Le casting est brillant et la réalisation est remarquable. Le scénario quant à lui, en plus d’être original, fait référence à des grands films du cinéma tels que Scarface ou encore Taxi Driver. Et là où c’est d’autant plus remarquable c’est que ce n’est pas qu’anecdotique puisque les références servent le propos du film. En effet, on peut apercevoir dans une des pièces de la maison de Tony des affiches de films notamment celle de Scarface ou encore la scène dans laquelle Tony joue devant une petite caméra -prédiction de qu’il va se passer plus tard avec sa propre émission télé- qu’il a lui même installée en imitant le personnage de Robert De Niro dans Taxi Driver. Et puis, le fait qu’il porte le même prénom que Tony Montana de Scarface ou encore que Tony Soprano dans la série éponyme n’est sûrement pas le fruit du hasard. Son parcours bien que différent de tous ces personnages cités et à la finalité similaire : il a suffit d’un élément déclencheur pour que cet homme d’un quotidien plutôt tranquille se retrouve à dealer avec le crime -ici au sens propre puisque son émission télé y est consacrée-. Le fait que le personnage prenne le contre point de son métier, de son identité et donc de ce qu’il est, est remarquable. Le personnage devient tout ce qu’il n’était pas au départ. Il devient l’anti-héros de sa propre nature -les forces de l’ordre étant considérées chez certaines personnes comme étant des figures héroïques-. Au fond ce n’est pas le contexte qui est important mais bien la transformation psychologique du personnage dans ce contexte qu’il a choisit un peu à la manière d’un Walter White dans Breaking Bad.

Avec une narration inventive, originale et une réalisation maîtrisée, Crime Time est une vraie perle dans l’univers des web-séries et plus largement des séries. Une de celles qui ne laissent pas indifférent.

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